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Le retour du Baron à Oppède-le-Vieux

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Suivons le fantôme du baron Jean Maynier, seigneur d’Oppède au XVIe siècle, dans les ruelles de son village abandonné du Luberon. Il y a un siècle, ses habitants décidèrent de s’installer dans la plaine …

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Là-bas dans la plaine du Calavon, la vieille femme m’avait prévenu. Le village qui m’avait vu naître cinq-cents ans plus tôt n’est plus que ruine et c’est ainsi, le cœur serré, que je mène ma jument fatiguée vers les souvenirs de ma lointaine jeunesse. Je traverse tout d’abord ce nouveau village que l’on appelle aussi Oppède, bâti sur les cultures où j’allais parfois voir les gueux travailler.

Cheminant à travers la forêt, j’arrive bientôt dans un endroit que les humains d’aujourd’hui appellent un parking. Ils ne peuvent aller plus loin dans leur drôle de boîte à quatre roues et doivent alors pénétrer dans un jardin qui ressemble fort à celui d’Eden. Quelle belle idée d’avoir remplacé les vergers d’autrefois par ce jardin magnifique que l’on appelle les Terrasses de Sainte-Cécile et qui vous mène comme par magie vers l’entrée de mon village. J’apprends de-ci de-là l’étonnante histoire de ces lieux évanouis sur des panneaux explicatifs tout en humant dans ma main le parfum familier de quelques brindilles de romarin.

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Soudain, à travers les branches d’un olivier, j’aperçois Notre-Dame d’Alidon, toujours accrochée fièrement aux pentes de mon cher Luberon. Tudieu, me dis-je ! Elle est telle que je l’avais faite remanier en 1547 ! J’apprendrai plus tard qu’elle est en cours de restauration, parrainée par un sieur Michel Leeb, célèbre humoriste et chanteur.

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C’est sur la charmante place de la Croix où l’on peut se restaurer la panse au Petit Café ou à l’Oppidum que débute mon pèlerinage. Franchie la porte, sommée de son clocher de fer délicatement forgé, ma rossinante fait retentir ses sabots sur la calade. Très vite, quelques maisons coquettes laissent place aux façades fantomatiques. Les fenêtres à meneaux, dévorées par les racines noueuses, me rappellent derechef les gentes dames qui s’y accoudaient les soirs d’été. Tiens, à l’angle de la rue de l’Hôpital et des Pénitents, n’est-ce-pas la mignonne Gontrande qui me sourit coquinement ! Hélas, ce n’est plus qu’un songe.

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Ça et là, les trous béants laissent deviner les caves où reposait le bon vin  du Luberon. Ça et là, les pans de mur verdis regardent de leur passé moribond un panorama si entendu que l’on pourrait distinguer Montpellier ! Et si je comprends que peu à peu mes villageois sont descendus dans la plaine, n’ont-ils pas regretté un instant la splendeur de leur situation ! Le Carré du Sator nous le dirait peut-être…(1)

Quoi qu’il en soit, le pas lent et l’œil contemplatif, les visiteurs qui me croisent sans me voir ont remplacé aujourd’hui les enfants qui jouaient à la guerre entre Catholiques et Protestants…

 

Un dernier choc m’attend, passée la beauté retrouvée de ma collégiale : mon château. Jadis forteresse tutoyant le ciel qui accueillit un jour l’anti-pape Benoît XIII, qui dit-on, s’envola par l’une des fenêtres, soutenu par le diable, pour échapper aux troupes du Roi de France. A cette heure, tu n’es plus que l’ombre de toi-même, pillé, démantelé, déchu en carrière de pierre. Mais tu gardes encore fière allure ! Et puis, j’apprends qu’une association s’occupe de toi.

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Alors, assis sur un parapet et contemplant le Ventoux éternel, je me dis qu’enfin mon errance s’achève. Et dans la douceur du soir, j’imagine vous voir, cher lecteur, venir jusqu’à mon nid d’aigle d’où alors je vous raconterai mon histoire à moi, celle de Jean Maynier, baron d’Oppède, qui orchestra en 1545 le massacre de trois mille protestants vaudois (2), pour la plus grande gloire de Rome…

 

 

(1)   je vous laisse chercher où se trouve cette inscription magique !

 

(2)   Les Vaudois du Luberon sont des personnes de la région du Luberon qui appartiennent à l’Église vaudoise, c’est-à-dire qui suivirent les doctrines de Vaudès (ou Pierre Valdo), créateur en 1170 d’un mouvement religieux appelé Les Pauvres de Lyon et qui se rallièrent au début du XVIème siècle au protestantisme.

 

Dans votre balade à Oppède, vous pourrez également découvrir les lavoirs du village et l’ancien champ de battage des céréales. Vous pouvez aussi emprunter le sentier vigneron : 1h30 de balade à travers les vignes que l’on peut terminer par une visite-dégustation à la Cave du Luberon à Maubec-Coustellet

 

Texte J.C.

Photos J.C. et A.Hocquel

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